Une trop bruyante solitude (Hrabal, Bohumil)
- ggomond
- 19 juin 2016
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 nov. 2020

Gilles : Un titre extraordinaire illustrant la situation des opprimés en Tchécoslovaquie. L'histoire d'une résistance individuelle où Hrabal montre le tragique au travers d'un personnage burlesque et des situations grotesques. La survie au quotidien dans un monde de fous.
Critique: Bohumil Hrabal avec cette petite pépite nous livre un conte politique et philosophique sur la condition humaine. Ce roman étrange fusionne l'humour et le tragique. le dérisoire et le sublime, le rêve embrasse cette réalité froide. Le narrateur Hanta, ouvrier depuis 35 ans dans une usine qui broie des papiers (livres interdits, censurés ...), ivrogne, crasseux solitaire instruit malgré lui survit de ces pépites glané. Ces auteurs qui le hantent l'emprisonnent dans leur monde pour le faire voyager au delà de sa vie d'esclave. Hrabal dénonce le totalitarisme avec force, la surproduction avec puissance. Il se perd dans cette vie où tout comme les rats qui se battent dans les égouts dans une immuable guerre cycle que l'homme poursuit. Les jeunes poussent la génération vers la mort dans ce progrès qui assèche les idées. Notre ouvrier plie pour finir sa vie dans sa presse qu'il l'a nourrit pendant 35 ans.
Extraits
Voilà trente-cinq ans que je presse des livres et du vieux papier, trente-cinq ans que, lentement, je m'encrasse de lettres, si bien que je ressemble aux encyclopédies dont pendant tout ce temps j'ai bien comprimé trois tonnes ; je suis une cruche pleine d'eau vive et d'eau morte, je n'ai qu'à me baisser un peu pour qu'un flot de belles pensées se mettes à couler de moi ; instruit malgré moi, je ne sais même pas distinguer les idées qui sont miennes de celles que j'ai lues.
J'avais déjà trouvé en moi la force de fixer froidement le malheur, d'étouffer mes émotions, je commençais alors à comprendre la beauté qu'il y a à détruire.