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Au-dessous du volcan (Lowry, Malcolm)

  • 17 févr. 2016
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 nov. 2020


Gilles : Histoire apparemment banale portée par une écriture intense. Récit qui ne ressemble à aucun autre livre. Lu d'une seule traite comme si on ingurgitait un verre de whisky sans fond pendant 12 heures.


Critique: Un décor grandiose, volcanique et irréel : le Popocateptl est à distance, comme un témoin du drame. Le roman commence par la fin, deux personnages se rappellent du dernier jour du Consul, un notable déchu, charismatique et en souffrance. C'est un roman de plus de 600 pages sur cette fameuse journée qui aurait dû bien commencer puisque la jolie femme du Consul, tant aimée, est revenue mais, durant une promenade, en proie au démon de l'alcool, le temps d'appréhender le premier mezcal , ce dernier fuit...Quel bonheur que de suivre les déambulations du Consul, torturé par son passé. Ce personnage imposant, alcoolique et en quête de solitude tient le lecteur en haleine car peu à peu un portrait se dessine dans les vapeurs d'alcool. Pourquoi relire un roman si âpre? Parce qu'il est si dense qu'il garde une part de mystère très attirante, parce qu'il subsiste une émotion intense de cette oeuvre si dérangeante, si poétique sur la déchéance, bien construite, finalement.



Extraits :


Yvonne était assise sur le lit, le regard flottant sur le magazine, chemise de nuit laissant discrètement apparaître l'endroit où le hâle de la peau s'estompait devant la blancheur du sein, bras sortis des couvertures, main nonchalamment pendue sur le rebord, poignet vers le bas, qu'elle retourna à son approche involontairement, paume vers le ciel d'un réflexe traduisant, qui sait, l'irritation, mais qui prit à son insu la valeur d'une supplique ou, plus symboliquement encore, sembla incarner à lui seul tout à coup l'antique imploration, l'étrange et secrète pantomime sans parole des tendresses, des loyautés indicibles, de l'espoir éternel de leur alliance.


Aussi quand tu partis, Yvonne, j’allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d’une banquette de troisième classe, l’enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m’en allant dans ma chambre en l’hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d’égorgement en bas dans la cuisine me chassa de l’éblouissement de la rue, et plus tard cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ?


« Ne te reste-t-il donc plus de tendresse ou d’amour pour moi ? » demanda soudain Yvonne, presque piteusement, en se tournant vers lui, et il pensa : « Si, je t’aime, il me reste pour toi tout l’amour du monde, mais cet amour me paraît si loin de moi, et si étrange aussi, je pourrais prétendre l’entendre, un bruit sourd et un sanglot, mais loin, très loin, un son triste, perdu, et qu’il s’approche ou s’éloigne, je ne saurais le dire. » « Ne peux tu donc penser à rien, si ce n’est au nombre de verres que tu vas boire ? »….

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